Sous le pont Mirabeau.
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse
Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure
“Coucou, *smoutch smoutch*, ça va ?” telle est la question que tout le monde répète incessamment chaque matin et dont les gens se lassent. On la pose le sac à main autour du bras le matin, dans la brume froide et épaisse, les cheveux dans le vent et peu de gens prennent la peine de répondre. “Ça va et toi ?” “Tranquille.”
Tranquille.

Chaque matin, je me réveille. Chaque matin, c’est le même réveil. Je sors de ma couette chaude, 6h02. Je me cogne dans le noir, je cherche la lumière à tâtons et je traverse le couloir sombre et froid. Je me déshabille comme une fusée et je me glisse sous l’eau brûlante qui m’agresse la peau mais qui fait tellement de bien, je me remémore mes rêves ou cauchemars, laisse le bruit de l’eau qui coule et l’odeur du shampooing m’endormir un peu. Et je sors. Il fait froid. Vite une serviette. La serviette blanche passée un peu trop de fois à la machine, rêche, agressive mais qui sent bon la lessive et que ça fait plaisir de se sécher avec le matin. Maquille, sèche les cheveux, culotte propre, short, pull et bottes. Dehors. Froid. Clope. Haaaaa ça va mieux. “coucou, *smoutch smoutch*, ça va ?”
Non. Parce que ça me casse les couilles de répéter de refrain pourri chaque matin depuis 3 ans. Voilà. Sachant surtout que rien ne me pousse spécialement à me lever à 6h chaque matin pendant que mon père, ma mère, ma sœur dorment comme des loirs dans leurs lits chauds. Rien, sauf le *smoutch smoutch*. C’est une boucle interminable dont personne n’est capable de définir la fin. A quand sera la fin ? Personne ne sait. Peut-être qu’à 80 ans, on se fera encore la bise sauf qu’à la place d’aller en cours de sciences, on boira du thé, on mangera des gâteaux secs et on tricotera des écharpes chaudes pour nos arrières-petits-enfants. Comme ça, il auront pas froid en sortant de chez eux, le matin. Des jolies écharpes blanches, avec leurs initiales brodées au fil d’or. On fera que ça de nos journées, parce qu’on aura un peu perdu la tête et surtout parce qu’on aura pas grand chose à faire d’autre. A part attendre la mort. Dans notre fauteuil de mamie, dans lequel on s’enfonce tellement qu’on a les genoux sous les seins.
Boucle interminable

*smoutch smoutch*
















